Notre Dessein

Alors que le système politique, économique et social que nous appellerons ordonnancement du temps est en train de se déliter, nous nous proposons d’étudier par la théorie et par la pratique le nouveau paradigme social en cours de manifestation que nous avons qualifié de société distribuée. Transversalement à cette étude, nous souhaitons actualiser les moyens technologiques et cognitifs permettant la pérennisation de notre puissance et plus largement de notre civilisation, épurée de tous les concepts et idéaux qui l’ont amenée à son actuelle autodestruction.

Dans cette perspective, SocDis se veut à la fois un espace de réflexion, un réseau anonyme de personnes compétentes dans leur domaine respectif, mais aussi un espace d’autoformation mutuelle. Il se veut enfin une interface pouvant servir de catalyseur informationnel, notion que nous expliciterons ci-après. Toutes choses étant liées (ou connectées pour user d’un vocable propre au zeitgeist technologique), nous souhaitons intervenir sur ces trois niveaux interdépendants.

Par autoformation, nous nous appuyons ici sur la théorie de l’apprentissage social. Contrairement à l’ancien paradigme d’apprentissage dans lequel la pédagogie repose sur un « savoir programmé » (la « progression pédagogique »), centrée sur le maître « modèle à suivre », de l’effort, individualiste et compétitive, dans la théorie de l’apprentissage social l’apprenant choisit de porter son attention où il veut, en fonction de son parcours, de son projet, de ce qui fait sens pour lui. Dans ce groupe, il sera autant « apprenant », que « sachant » et ce sera au fil des problèmes à résoudre, du livrable à produire, que se manifestera les connaissances et savoir-faire à acquérir.1)http://www.formation-professionnelle.fr/2016/11/07/social-learning-apprentissage-social-de-quoi-parle-ton/ L’individualisme est contre-productif, c’est pourquoi il est agonisant. Ce qui comptera dorénavant, ce n’est plus l’élève modèle qui saura intelligemment reformuler un contenu, mais celui qui apporte aux autres une contribution opportune, en vue de la production d’un livrable commun. Cette nouvelle manière de penser l’apprentissage, commence enfin à apparaître grâce à l’avènement d’Internet. Frédéric Domon cité par Le Nouvel Economiste, a ainsi défini ce nouveau type d’apprentissage « comme [étant] le développement des savoirs, des aptitudes et attitudes, par la connexion aux autres […] via les médias électroniques synchrones ou asynchrones ».

Passionnés par tous les pans de la connaissance, tout en métrisant les technologies de l’information et de la communication et plus particulièrement l’intelligence artificielle, nous souhaitons nous perfectionner et mettre à dispositions des personnes ou des organisations qui ont fait le même constat que nous et qui partagent notre vision, nos compétences respectives dans un mouvement intellectuel synergétique.

Le quatrième espace qu’est Internet que l’on pourrait aussi qualifier de monde numérique et qui vient d’émerger des « flots contemporains», est pour l’instant, mais plus pour très longtemps, préservé de l’aliénation intégrale de notre temps. A la lumière des prospectives concernant ce nouvel espace, et sa prééminence de plus en plus effective sur le monde matériel nous suggérons d’orienter la réflexion et la conduite de projets d’envergure visant la pérennisation du nouveau mode de transmission du savoir et de connaissances réactualisées qui sont en train d’émerger au travers de cette nouvelle nébuleuse qui ressemble de plus en plus à s’y méprendre à un grand cerveau collectif.

A titre d’exemple, nous pensons par exemple à la création d’outils de traitements et de prédiction utilisant des méthodes d’intelligence artificielle, en réalisant de l’inférence sur des données issues d’une base de connaissances globale alimentée par les travaux et les productions de personnes ou d’organisations qui se reconnaîtraient dans la description susdite. Grâce à toutes ces données de haute qualité récoltées dans tous les domaines possibles, à leur analyse minutieuse effectuée sous l’égide de spécialistes du domaine dont elles ont été extraites, nous pourrions en dégager des prévisions, des tendances générales et des motifs – pattern – au travers de simulations numériques et de méthodes propres à l’intelligence artificielle collective. Ces méthodes permettent notamment l’étude, entre autre, des réactions possibles aux actions d’entités de toute nature (agents, flux, etc.), en vue d’en tirer des conduites pour les événements futurs et donc de planifier ses propres stratégies et comportements (toute planification suppose en effet, que l’on soit capable de traiter des actions en dehors de leur exécution, à partir de description de l’environnement et de ces dites actions). C’est en cela que cet espace numérique se veut une interface pouvant servir de catalyseur informationnel.

Devant le désert d’intelligence caractéristique de l’ère du vide et face au vertige que nous donne la vue de la dictature de l’ignorance et de la médiocrité institutionnalisée, nous nous imposons une rigueur de fer et une méticulosité implacable qui n’a d’égale que la mentalité des premières castes aux origines de Rome qui pratiquaient les prémices de ce qui deviendra le droit, que l’on retrouvera après et qui donnera notamment la science du Droit, c’est-a-dire une attention scrupuleuse à la précision, au détail et à l’usage que l’on fait des termes, des mots, des formules ainsi qu’une terreur sacrée devant l’erreur et l’imprécision dans la formulation. Nous qualifierons cette mentalité de rigueur latine. Ainsi, pour paraphraser Henry de Montherlant, en continuel divorce avec ce qui nous entoure, fatigués de l’indignation, et ayant soif de vivre au milieu d’autres gens que des malins, des canailles et des imbéciles des gens honnetes, travailleurs et réfléchis, nous souhaitons agglomérer et travailler avec des personnes qui possèdent cet rigueur, cette méticulosité intellectuelle et ce souci du détail sans ménager leurs efforts; notion de travail qui a disparue dans cette ère du vide où l’on distribue les diplômes à tout va comme l’on distribue des tracts à l’entrée du métropolitain. Alors que le monde moribond que nous avons connu s’effondre et vit ses derniers soubresauts, nous souhaitons « reconstruire un autre monde », au moins sur le plan intellectuel dans un premier temps, en cessant de porter une quelconque attention vers celui en cours de disparition, afin de s’entourer de sodales2)Camarade, compagnon; membre d’une corporation ou d’un collège en latin. Félix Gaffiot, Dictionnaire latin français, Hachette, 1934

« parlant le même langage». Cette agglomération de sodales compétents qui partagent la même vision permettra le développement de projets intéressants, mais aussi d’outils et de services que nous avons à cœur de déployer. Elle permettra également une autoformation mutuelle dans les domaines du vaste champs de la connaissance que nous ne maîtrisons pas, mais que nous aimerions découvrir à cœur joie ‑ car connaître c’est agir ‑ grâce à des profils variés issus de domaines différents, mais qui partagent les mêmes valeurs de travail. En effet, l’heure est venue de se réapproprier le célèbre énoncé d’Aristote: « la totalité est plus que la somme des parties ».

C’est pourquoi, en plus de spécialistes en mathématiques, en informatique et en intelligence artificielle, nous cherchons à échanger et à travailler avec des gens qui ont pour domaine de prédilection les langues anciennes et plus particulièrement le latin et le grec ancien, l’Histoire, la sociologie, l’économie hétérodoxe, la linguistique, la science juridique, les neurosciences et tout autre champs d’étude permettant de lever le voile sur la vérité des idées et la vérité des faits. Ce n’est ni plus ni moins qu’une sodalité sous la forme d’un réseau que nous souhaitons former, réunissant des personnes passionnées, compétentes, partageant une vision mobiliste et complexe des sciences, qui ont le souci du détail, pour devenir autant que faire se peut des « techniciens » de leur domaine du savoir et qui estiment comme Spinoza que l’amitié et la quête de la vérité participent de notre but le plus élevé: l’amor intellectualis Deo, l’amour intellectuel du divin3)Scruton, Roger, Spinoza, Edition du Seuil, 2000, p. 9

Le dernier objectif de ce réseau, connexe aux deux précédents, sera de théoriser, dans une démarche prospective, le concept de société distribuée qui correspond au nouveau paradigme social qui s’actualise présentement, résultant entre autre de l’actuelle révolution anthropologique, pour penser dans une perspective « meta » et « long-termiste », les institutions, les organisations et les technologies à venir dans une approche de pérennité et de résilience.

Nous terminerons par ces quelques lignes de Spinoza qui résument succinctement mais parfaitement notre amour de la vérité:

« Pour ce qui me concerne, en effet entre toutes les choses qui ne dépendent pas de moi, il n’en est aucune qui ait pour moi plus de prix qu’un lien d’amitié établi avec des hommes aimant sincèrement la vérité. Je le crois, en effet: parmi les objets qui ne sont pas en notre pouvoir, il n’en est pas au monde auxquels nous puissions nous attacher avec plus de tranquillité qu’à l’amitié de tels hommes; pas plus qu’on ne peut abandonner la vérité une fois qu’on l’a perçue, des hommes ne peuvent cesser de s’aimer l’un l’autre, quand l’amitié qu’ils se portent se fonde sur leur commune ardeur à connaître la vérité » (lettre XIX de Spinoza « au très savant Guillaume de Blyenbergh», p. 181-182).

References   [ + ]

1. http://www.formation-professionnelle.fr/2016/11/07/social-learning-apprentissage-social-de-quoi-parle-ton/
2. Camarade, compagnon; membre d’une corporation ou d’un collège en latin. Félix Gaffiot, Dictionnaire latin français, Hachette, 1934
3. Scruton, Roger, Spinoza, Edition du Seuil, 2000, p. 9
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