Fin du salariat et société distribuée

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Image: History of the poor governance.
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Partie I : Présentation des mutations à l’œuvre dans marché du travail

Nous tenterons d’analyser dans cet article les conséquences sociales et économiques du processus lent de désagrégation du système de production basé sur le salariat, tel qu’il s’est développé massivement depuis les Trente Glorieuses, en mettant en relation les ouvrages de JC Gaudard, La Fin du Salariat,1)GAUDARD Jean-Pierre, La Fin du Salariat, François Bourin Éditeur, 2013 du géographe Christophe Guilluy, Le Crépuscule de la France d’en Haut2)GUILLUY Christophe, Le Crépuscule de la France d’en Haut, 2016 et des illustrations des mutations en cours sur le marché du travail et leurs potentielles dérives. Nous tenterons de mettre en perspective la lente désagrégation du système de production capitaliste, à l’aune du changement de paradigme lié à l’explosion de l’intelligence artificielle et à l’émergence d’une société distribuée. Pour ce faire, nous ne reviendrons pas sur la description des facteurs économiques et sociaux qui ont conduit à l’éclatement du salariat et aux mutations sur le marché de travail, étant donné que ces facteurs sont déjà amplement décrits dans l’ouvrage de JC GAUDARD et partout ailleurs dans la presse. Nous en ferons simplement le constat pour mieux nous concentrer sur leurs impacts sociétaux et leur relation avec le paradigme de la société distribuée.

JP Gaudard, dans son ouvrage La fin du Salariat, fait le constat d’un éclatement des rapports de production capitaliste basés massivement sur le contrat de CDI et le salariat depuis les Trente Glorieuses au sein des économies occidentales. Cette liquéfaction du lien entre travailleurs et détenteurs des moyens de productions (entreprises) s’inscrit dans un contexte caractérisé par trois éléments :

  • L’atonie de la croissance économique et le chômage structurel ayant pour conséquence une inclinaison des rapports de force sur le marché du travail en faveur des détenteurs de moyens de production
  • Une généralisation d’une économie tertiaire en flux tendu dans un contexte de concurrence accrue des économies en développement caractérisée entre autre par une pression substantielle sur les couts et les marges. Cette économie en flux tendu tend à privilégier une sélection de la force de travail sur des compétences précises en fonction de besoins ponctuels plutôt qu’une pérennisation de la force de travail pour la réalisation de tâches standardisées, confiées d’une manière croissante à des robots.
  • Un processus de numérisation massif de l’économie du à la généralisation du haut débit, de l’internet mobile, des smartphones et de la géolocalisation. Ce processus se caractérise principalement par une désintermédiation entre offre et demande, utilisateurs et fournisseurs via la mise en relation sur des plateformes numériques.
  •  Une prise de conscience des impacts de l’économie libérale de marché sur la désagrégation du lien social et la dépossession/aliénation vis-à-vis des réflexes humains les plus simples comme s’alimenter, réparer des outils, voyager avec pour conséquence une volonté de “désintermédier” certaines activités et de reprendre possession des capacités de production.

Ce phénomène de disruption du rapport à l’emploi au sein de l’économie capitaliste, que la presse a consacré sous le terme d’ « uberisation » du marché du travail est l’illustration la plus complète et concrète d’un processus plus vaste de désaffiliation progressive entre entreprise et provoqué par la rencontre de ces trois facteurs décrit précédemment. Avant même l’émergence de l’économie collaborative, ce phénomène s’illustrait déjà par le recours massif des entreprises aux ressources humaines variables comme les consultants et intérimaires externes ou aux auto-entrepreneurs, à l’image des compagnies low-cost dont les cabines de pilotage ne sont plus occupées par des pilotes salariés mais par des pilotes de ligne free-lance.

Le phénomène décrit a contribué à l’émergence de nouveaux rapports à l’emploi et à l’activité économique qui tendent à se distancier du mode salarial traditionnel caractérisé par la subordination verticale employé-entreprise et au consentement contractuel à l’aliénation contre une rétribution monétaire, ce que Frédéric Lordon désigne comme un chantage institutionnalisé.3)http://blog.mondediplo.net/2015-10-09-Le-parti-de-la-liquette Il n’est pas surprenant donc de trouver que l’entrepreneur soit devenu le nouveau « roi de l’époque » en parallèle du désir des entreprises de se débarrasser de la dite « charge salariale » pour assouplir sa base de collaborateurs, se détacher des obligations du pacte social d’après-guerre (cotisations sociales, charges patronales) mises en place pour sécuriser le plein emploi et lutter contre la paupérisation des masses laborieuses. Nous assistons donc à une volonté des détenteurs de capitaux de revenir sur un rapport contractuel épuré quasiment en BtoB avec la force de travail, illustrée actuellement par l’émergence de plateformes collaboratives comme Kang,4)https://www.kang.fr/ FamiHero,5)https://www.famihero.com/fr/ Jobbers6)http://www.jobbers.com/ ou les Turkers d’Amazon sur lesquels des milliers de « free-lanceurs » et de slasheurs proposent leurs services contre rémunération mais sans contrat de travail. Nous pourrions même imaginer à terme, comme conséquence de cette logique l’obligation future pour chaque nouvel actif d’acquérir un numéro SIREN à son entrée dans la vie active afin d’accomplir le rêve d’une homme attalien, homme entreprise (capable éventuellement de réaliser sa propre introduction en bourse..), innovant et délocalisable, capable de réinventer rapidement son activité (en changeant ses statuts) en fonction des conjonctures dans un monde de « free-lanceurs » libéré du mode salarial. En 2013, on estime à 20 milliards d’euros le chiffre d’affaires du secteur de l’économie collaborative et à 302 milliards d’euros d’ici 2025, ce qui représente un taux de croissance annuel moyen de 36,4 %. Par ailleurs, 89% de la population française déclare avoir pratiqué au moins une fois des services de l’économie collaborative.7)http://www.economie.gouv.fr/vous-orienter/entreprise/numerique/chiffres-cles-leconomie-collaborative

Nous en venons à nous poser la question si le salariat de l’ère industrielle n’était qu’une parenthèse inédite, une exception avant un retour à une économie circulaire composée d’autoentrepreneurs circulant et (sur)vivant dans le cercle des besoins de la communauté et intervenant dans de nouveaux rapports économiques recentrés sur des circuits plus courts, un mode plus communautaire, calqué sur des stimuli plus circulaires et réciproques. Nous assistons en tout cas à la montée en puissance, voire à la renaissance de la notion d’activité liée à une compétence, à un métier et au dépérissement progressif de la notion d’emploi liée à un statut pérenne. Il semble qu’au sein d’une économie dite « collaborative », la valeur ajoutée viendra de la capacité à mobiliser des compétences, un ou plusieurs métiers dans un ou plusieurs réseaux d’interactions économico-sociales en établissant la promotion de son individualité sur des plateformes de mise en relation avec l’offre de travail. Ce processus pourrait se décrire comme une « plateformisation » des travailleurs, à l’image de la plateformisation de l’économie impulsée par les GAFA, qui de par leur puissance financière, leur maitrise de l’information, des réseaux et des cerveaux sont capables de se constituer en conglomérat investissant des secteurs d’activité de plus en plus divers.

Ces disruptions au sein du marché du travail décrites par JP Gaudard nous donnent des premiers éléments de réponse à la question suivante, consubstantielle aux changements de paradigmes socio-économiques en cours : dans un contexte de bouleversements massifs de l’économie et des modes de production, liée à l’explosion du capitalisme algorithmique, de l’économie numérique, comment se fait-il que cela ne se reflète pas sur le marché du travail et que les retombées économiques ne se fassent pas sentir au-delà des couches intellectuelles de l’économie mondialisées ? A la lecture des éléments apportés par JP Gaudard, il semble clair que le contrat de travail du capitalisme informationnel n’a pas encore été inventé. Tant que des nouveaux rapports à l’emploi, différent du salariat et du cadre traditionnel du code du travail, n’auront pas été clairement institutionnalisés, le capitalisme algorithmique se manifestera par des inégalités socio-économiques considérables et par l’émergence de couches entières de populations déphasées et fragilisées par les mutations économiques.

Partie II : Illustration du contexte et tentative de réflexion par la mise en relation de plusieurs faits discrets ou marquants

  1. 1ère illustration

Pour tenter d’illustrer les conséquences socio-économiques de cette disruption du marché du travail liée à la contestation du modèle salarial dans le processus de production capitaliste, nous proposons de mettre en avant l’ingénieux canular de la start-up Pooper,8)http://pooperapp.com/ qui se proposait de dénoncer en finesse les dérives potentielles de l’économie collaborative. Ce canular, monté en 2016 sous le déguisement du cliché de la start up californienne innovante, proposait de mettre en place un circuit économique basé sur le principe suivant : chaque propriétaire de chiens, plutôt que de ramasser soi-même les déjections de son animal de compagnie, peut se connecter sur la plateforme Pooper, géolocaliser la crotte de son chien et solliciter, contre rémunération, les services de free-lanceurs ramasseurs de crotte en maraude. En somme, la start-up proposait à de jeunes slasheurs connectés d’ajouter à leur palette d’activités professionnelles et semi-professionnelles, une activité de ramassage de crotte, que l’on suppose fun, smart et moderne, bien entendu.

Le canular une fois révélé, les créateurs de Pooper levaient le voile sur leur motivations : avertir des dérives de l’économie numérique et de l’uberisation du marché du travail qui, sous couvert d’un discours ouvert, moderne et positif, établit la promotion d’une dualisation de la société entre classe consommatrice aisée et prolétaires numériques constitués de « journaliers » mettant à disposition leur force de travail pour « essuyer » les restes de la société de consommation, pour assurer l’intermédiation entre les classes aisées et l’acte de consommation, soulager les classes aisées du principe de réalité, leur permettre de se réaliser dans le pur loisir. Comme l’écrit le Monde, Pooper est une « dénonciation tout en finesse de l’écueil de l’économie collaborative, elle qui entend proposer aux deux parties un service qui, s’il facilitera la vie de l’un, dégradera encore un peu plus la vie de l’autre. »9)http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/08/01/pooper-la-fausse-application-de-ramassage-de-crottes-qui-ridiculise-l-uberisation_4977196_4832693.html

Relever le masque de l’uberisation comme l’ont fait les créateurs de Pooper, c’est rappeler ce principe essentiel de la société de consommation : on subit en tant que travailleur les exigences que l’on impose soit même en tant que consommateur : rapidité, disponibilité, flexibilité. C’est la schizophrénie fondamentale du « consommateur exigent » de nos sociétés capitalistes. Derrière l’aspect fun et smart d’un service de livraison Deliveroo, que l’on voudrait toujours plus rapide, flexible, disponible, il y a la sueur et les mollets crampés de l’étudiant /chômeur/cycliste.

Le canular Pooper donne matière à réflexion en prenant à leur propre jeu les apologètes de l’économie collaborative et nous pose la question suivante : l’uberisation du marché du travail va-t-elle conduire à une émancipation des travailleurs, une prise d’indépendance économique et « temporel » via la maitrise du temps de travail et de son activité ou à un asservissement accru des travailleurs transformés en « journaliers » du numériques, soumis aux rythmes économiques, aux conjonctures et aux cycles imposés par les classes consommatrices ? Cette question constituera sans doute un enjeu fondamental dans les années à venir, amplifié par l’intégration massive de l’intelligence artificielle au sein de l’économie. La réponse politique viendra d’une classe politique capable d’anticiper l’ordre du temps sans s’aplatir devant ses logiques les plus perverses. Les réponses de la sphère sociale viendront de la capacité à organiser les réseaux solidaires de la société distribuée. La start-up « pooper », les manifestations de chauffeurs VTC sont autant de signes avant-coureurs de l’émergence probable d’un prolétariat « uberisé » dont la solidarité de classe n’a pas encore pris forme.

  1. 2ème illustration

Nous souhaitons à présent illustrer et mettre en perspective les contextes précédemment décrits en mobilisant les ressources intellectuelles apportées dans l’ouvrage de Christophe Guilluy, la Crépuscule de la France d’en Haut, paru en 2016. Il est intéressant en effet d’opérer la rencontre entre une réflexion sur le phénomène de désagrégation du salariat, d’émergence de l’économie collaborative, de l’économie algorithmique et les réflexions de Christophe Guilluy sur la sécession consommée entre les classes populaires vivant dans les espaces périphériques et les élites économico-culturelles s’épanouissant dans les grandes métropoles mondialisées. Christophe Guilluy décrit le gouffre culturel et social causé par la mondialisation économique entre les classes populaires habitant les zones périphériques caractérisées par  le chômage lié à la destruction des bassins industriels, par la désertion des services publics et le désintérêt des officines culturelles (presse, télé) et les populations des grandes métropoles branchées sur les influx économiques et culturels de la mondialisation. Ce gouffre, caractérisé par des oppositions fondamentales sur les grandes valeurs dominantes promues de mondialisation, vis-à-vis par exemple du rapport à l’autre et à l’étranger (promotion de l’ouverture / repli  communautaire), de la mobilité (promotion de la mobilité / sédentarité contrainte), laisse présager ce que Guilluy nomme le « grand marronage » des classes populaires, à savoir la lente désaffiliation  des classes périphériques vis-à-vis des élites culturelles et économiques de la mondialisation, caractérisée dans un 1er temps par le dit «vote contestataire » en direction du Front National. Cette incapacité des élites culturelles à saisir le vote Front National des classes populaires dans sa dimension globale (économique et culturelle) et non par le simple prisme du mépris de classe, en dit long sur le gouffre qui sépare dorénavant ces deux sphères sociales.

La confrontation de ces deux constats (société de la fin du salariat, économie collaborative et « grand marronnage des classes populaires ») nous permet d’émettre la réflexion suivante : l’émergence de nouveaux rapport au travail recentrés sur la notion de métier et de compétence, à la production économique basés sur des circuits plus communautaires et collaboratifs vont-ils permettre une autonomisation contrainte des classes populaires, une autarcie technologique et économique, une sortie par le haut de cette fracture sociétale et sociale, ou bien contribuer à diviser encore plus la société entre une classe intellectuelle composée de mercenaires hors-sol branchés sur les flux de la mondialisation, libérée des barrières géographiques et sociales à la mobilité et une classe laborieuse condamnée à demeurer dans les rapports d’exploitation archaïques du salariat, son corolaire structurel, le chômage ou dans les limbes du sous-emploi sous tous avatars sur le marché quotidien des prolétaires numériques ?

Conclusion et ouverture :

A qui profiteront les bouleversements économiques et sociaux, les changements de paradigmes décrits précédemment : les élites culturelles éduquées dans le bain de la mondialisation économique, déjà acquises aux valeurs de mobilité, d’individualisme, d’ouverture au détriment de classes populaires toujours plus déphasées, sous-employées et à terme « inutiles » ? Ces mêmes classes populaires qui auront su trouver les outils d’une prise d’indépendance économique ? Force est de constater qu’aucune réponse ne peut être donnée de manière définitive pour l’instant et que nous pouvons simplement nous limiter à détecter des signaux faibles pour apporter des premiers éléments de réponse.

Si certains économistes voient dans l’IA une réserve de croissance économique pour les sociétés occidentales, il est néanmoins clair que cela sera très probablement une croissance sans emploi, pour la raison que le développement de l’économie informationnelle, (le capitalisme algorithmique) devient de manière croissante incompatible avec la notion même d’emploi. Si la fin du salariat est, sinon une fatalité, du moins l’avatar le plus palpable et imminent des mutations du capitalisme libéral, l’IA doit pouvoir se constituer comme l’outil technologique d’une sortie par le haut de ces mutations. Le cadre d’expression privilégié de cette technologie, que nous proposons d’étudier sur ce site, est la société distribuée. Il est cependant pour ce faire nécessaire de faire le deuil du plein emploi, déconstruire la notion même d’emploi, anticiper et se poster à l’avant-garde du changement de paradigme économique. Formation et apprentissage sur les changements de paradigmes à l’œuvre sont donc les notions fondamentales que nous plaçons au centre de la Société Distribuée.

Il est d’autant plus nécessaire de prendre en charge dès maintenant un travail d’éducation et de formation sur les bouleversements économiques, culturels, sociaux et politiques causés par l’économie algorithmique, l’application de l’IA à des sphères de plus en plus étendues de la vie humaine et le transhumanisme que ces problématiques sont, sinon totalement absentes, du moins à l’extrême marge des préoccupations électorales des professionnels de la politique. Nous en voulons pour preuve le contenu des programmes politiques des principaux candidats déclarés à la présidentielles 2017 en France, après les avoir minutieusement épluchés afin de détecter la présence ou non de références aux changements de paradigmes sociétaux en cours liées aux développements de l’IA, des NBIC, de l’économie algorithmique et de ses corrélats socio-économiques (bouleversements du rapport au travail, à l’éducation et à la formation).

Point commun à tous les candidats (à la nuance près de Benoit Hamon, avec des limites que nous exposerons plus loin) : quand ils n’ignorent pas complètement le volet transformation numérique et changements économiques et sociaux liés au développement de l’économie algorithmique, ce volet est abordé sur les registres suivants :

  • Émerveillement, éloge sans nuance : l’économie algorithmique est une réserve pour l’emploi, il faut encourager la transformation numérique, la robotique, sans se poser concrètement la question de l’adéquation même entre ce modèle économique et la notion de création d’emploi. Il faut favoriser à tout va l’auto-entrepreneuriat, la multi-activité, le multi-statut sans se poser la question de ce que cela représente en terme de changement de modèle social (mort de l’État Providence).
  • Vision purement économique centrée sur la notion de croissance : transformation numérique réserve de croissance, point de PIB, gains de productivité etc … Pas de réflexion globale sur les volets culturel, sociétal et social d’une économie massivement basée sur les ressources de l’intelligence artificielle.

La classe politique dans son ensemble brille par l’absence d’une vision globale, d’un réel projet de société actant les bouleversements induits par les développements de l’intelligence artificielle. L’actualité est pourtant prolixe en éléments de réflexion sur ces problématiques.  On y apprend notamment qu’aux États-Unis et aux U.K, environ 50% des emplois sont susceptibles d’être pris en charge intégralement par des automates (77% pour la Chine), ce qui inclut donc une grande partie des classes moyennes et des « cols blancs ».10)https://www.weforum.org/agenda/2016/12/how-artificial-intelligence-could-change-the-face-of-business/?_scpsug=crawled_2424136_5e9e38c0-c06b-11e6-d686-00221934899c#_scpsug=crawled_2424136_5e9e38c0-c06b-11e6-d686-00221934899c Récemment, la société d’assurance-vie Fukoku Mutual Insurance va remplacer 25% de ses salariés du département des évaluations des paiements par un système d’intelligence artificielle.11)http://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/0211655118482-intelligence-artificielle-au-japon-un-robot-va-remplacer-34-salaries-en-assurance-2054239.php?_scpsug=crawled_2430007_3e5667d0-d1d8-11e6-f76c-00221934899c#_scpsug=crawled_2430007_3e5667d0-d1d8-11e6-f76c-00221934899c Les emplois les plus susceptibles d’être automatisés sont les agents de crédit et conseillers de banques de détail, les assistants juridiques, les chauffeurs, les employés de fastfood, les bar-man et les programmeurs. Cela couvre donc le spectre des professions qualifiées comme non qualifiées, diplômés comme non-diplômés. Les métiers les moins susceptibles d’automatisation sont ceux requérant un travail de haute précision et de la dextérité (chirurgien dentaire, pompiers, maquilleur), de la créativité et de la capacité d’empathie (psychologie et psychiatrie, coach…)

Cela ouvre donc plusieurs réflexions :

– Comment concevoir un modèle sociétal et économique dans lequel 50% de la production de richesse est prise en charge par des systèmes d’IA et qui puisse assurer la survie et l’utilité sociale des couches de populations dont l’activité a été remplacée par l’IA ?

– Comment faire en sorte que la prise en charge par l’IA de la moitié de la sphère économique soit l’opportunité d’un redéploiement de l’activité humaine vers ce qui fait son identité, c’est-à-dire des tâches créatrices, de précision, d’innovation et non l’occasion d’un asservissement accru des populations non-qualifiées ?

Deux tentatives de réponse sont revenus récemment sur le devant de l’actualité éléments : la proposition du revenu universel, que l’on retrouve dans les propositions de campagne de certains candidats de 2017 et celle de la « taxe sur les robots » que l’on retrouve dans les propositions de campagne de Benoit Hamon12)http://www.usine-digitale.fr/article/le-numerique-en-campagne-benoit-hamon-veut-taxer-les-robots-pour-financer-le-revenu-universel.N461297

  • Le Revenu universel : Va être testé en Finlande sur un échantillon de population. Au-delà de la question de son financement sur le long terme, qui constitue un défi non-négligeable, la question qui nous intéresse directement est de savoir si un revenu universel peut constituer une solution face au chômage structurel provoqué par le changement de paradigme de l’économie algorithmique et permettre aux populations de se réorienter vers des métiers et des activités « non-automatisables ». Dans le cas contraire, le revenu universel revient-il déjà à renoncer à penser l’intégration sociale de l’économie algorithmique en mettant en place l’assistanat permanent des prolétaires numériques ? Difficile d’apporter des réponses claires pour l’instant.
  • La « Taxe sur les robots » : Il s’agirait de faire contribuer les objets robotisés utilisés dans le processus de production au financement de la protection sociale et au revenu universel. Cette taxe a fait un retour sur le devant de la scène politique via le programme politique de Benoit Hamon, candidat à la primaire socialiste des 22 et 29 janvier prochains. Le parlement Européen a d’ailleurs récemment passé une proposition de loi sur l’octroi d’une « personnalité électronique » à l’image des personnes morales. L’idée serait, pour chaque remplacement d’un salarié humain par un robot, d’octroyer un salaire fictif au robot afin de calculer sa « capacité contributive ».

Si elle a récemment refait irruption dans le champ médiatique, la taxe sur les robots est néanmoins une idée ancienne, qui avait été émise dès l’époque du gouvernement socialiste de Michel Rocard. On comprend donc bien à priori que l’écart grandissant entre les bouleversements économiques et sociaux causés par l’économie numérique et les réponses politiques ne s’est pas réduit entre-temps.. Il est tout de même assez décevant qu’une hypothétique « taxe sur les robots » demeure la seule proposition politique mise en avant pour tenter d’appréhender l’intégration massive de l’intelligence artificielle et de la robotique de pointe dans l’économie française. On en devine d’ailleurs la première aporie dans la dénomination même de la taxe (« robot ») dont la terminologie n’a semble-t-il pas évolué depuis les années Mitterrand, époque où la robotique et l’IA n’avait pas connu les développements exponentiels qu’elle connait aujourd’hui. 1ère aporie donc dans le terme « robot » qui semble presque suranné, tant il couvre des réalités très diverses : à partir de quand peut-on définir un robot, et à partir de quand peut-il être considéré comme taxable c’est-à-dire ayant effectivement remplacé un humain13)http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2016/12/11/langoisse-de-lentrepreneur-devant-taxation-robots/ ? Si cette taxe souhaite taxer le remplacement de la main-d’œuvre humain par la main-d’œuvre robotisée, elle semble complétement inopportune et dépassé quand il s’agit d’appréhender l’impact sur l’emploi de l’économie algorithmique. Comment mesurer avec précision les destructions nettes d’emplois humains occasionnées par un algorithme ? En tout cas un constat s’impose, la classe politique n’est pas à la hauteur des défis sociaux, politiques et éthiques imposés par l’IA et le transhumanisme. Il nous revient donc de prendre en charge le travail d’élévation du niveau de conscience collective et préparer l’avènement de la société distribuée.

References   [ + ]

1. GAUDARD Jean-Pierre, La Fin du Salariat, François Bourin Éditeur, 2013
2. GUILLUY Christophe, Le Crépuscule de la France d’en Haut, 2016
3. http://blog.mondediplo.net/2015-10-09-Le-parti-de-la-liquette
4. https://www.kang.fr/
5. https://www.famihero.com/fr/
6. http://www.jobbers.com/
7. http://www.economie.gouv.fr/vous-orienter/entreprise/numerique/chiffres-cles-leconomie-collaborative
8. http://pooperapp.com/
9. http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2016/08/01/pooper-la-fausse-application-de-ramassage-de-crottes-qui-ridiculise-l-uberisation_4977196_4832693.html
10. https://www.weforum.org/agenda/2016/12/how-artificial-intelligence-could-change-the-face-of-business/?_scpsug=crawled_2424136_5e9e38c0-c06b-11e6-d686-00221934899c#_scpsug=crawled_2424136_5e9e38c0-c06b-11e6-d686-00221934899c
11. http://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/0211655118482-intelligence-artificielle-au-japon-un-robot-va-remplacer-34-salaries-en-assurance-2054239.php?_scpsug=crawled_2430007_3e5667d0-d1d8-11e6-f76c-00221934899c#_scpsug=crawled_2430007_3e5667d0-d1d8-11e6-f76c-00221934899c
12. http://www.usine-digitale.fr/article/le-numerique-en-campagne-benoit-hamon-veut-taxer-les-robots-pour-financer-le-revenu-universel.N461297
13. http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2016/12/11/langoisse-de-lentrepreneur-devant-taxation-robots/

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