Le Hasard

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Image: Hazard.
Copyright: Daniel Dionne, 2011

La question de l’existence du hasard revient à se demander si ce qui se déroule autour de nous suit une certaine régularité et si ce qui paraît relever de l’aléatoire est soumis à des lois encore inconnues.

A première vue, se poser une telle question, parait dénué de sens, puisque tout un chacun est au fait de la théorie des probabilités, dont le sujet d’étude est la survenance d’événements aléatoires. Cependant, il ne faut pas se précipiter en conclusions hâtives. A vrai dire tout n’est pas si simple et évident.

Étymologiquement le mot hasard vient de l’arabe « al-zahr » désignant un jeu de dés. Celui-ci est souvent assimilé à un fait inexpliqué et indéterminé qui doit survenir ou qui est survenu et dont les causes nous paraissent inconnues. En cela, le hasard qui sème alors l’inconnu et l’imprévisible est personnifié par l’Homme comme un être suprême.

Entre autres, ce sont bien les relations de cause à effet qui sont à l’origine de tout événement. Ainsi, le contingent et le hasard ne correspondent pas à ce principe de causalité.

En effet, tout semble devenir lisible avec la théorie des probabilités. Cette respectable science des mathématiques manipule des objets abstraits, donnant à l’homme un modèle pratique pour ses besoins quotidiens, de concepts, d’événements et de processus du monde réel et de leurs interdépendances réelles. En revanche, l’invention du formidable modèle mathématique des événements aléatoires ne justifie pas pour autant l’existence de cette abstraction dans la vie réelle. C’est pourquoi, il ne faut pas chercher dans le monde réel des « points » mathématiques, des lignes « droites », « l’infini » ou encore « la continuité », puisqu’ils n’y sont pas, ils n’y ont jamais été et n’y serons jamais.

Les économistes annoncent que les prédictions ne servent à rien puisque tout relève de l’aléatoire.  A contrario, les physiciens soutiennent que rien ne l’est. Il faut comprendre dès lors qu’en économie il y a des intérêts en jeu. Dans le cas échéant, si rien n’était dû au hasard, il ne serait pas possible de manipuler l’économie. Cela revient à dire que Keynes autant que Marx s’étaient trompés.

Larry Summers a admis qu’il était impossible de prévoir les cycles économiques. Pourquoi avons-nous besoin de politiciens de carrière qui promettent qu’ils peuvent changer le cours de l’économie s’ils sont élus ? La majorité des gens ne remettent jamais en question ni les idées ni l’idéologie. Au contraire, ils se cramponnent à une croyance et qu’importe les faits qu’on leur apporte. Il est impossible de changer les idées de quelqu’un qui est incapable de sortir de sa propre prison intellectuelle lorsqu’il s’y sent à l’aise. Ce profil représente la majorité des gens qui préféreraient vivre dans le mensonge plutôt qu’être confronté à la réalité implacable des choses. En effet, l’économie mondiale n’est pas dirigée par un chaos dû au hasard, mais bien par un « ordre caché » qui la régule. Le problème majeur est que cette compréhension du modèle économique va à l’encontre de l’intérêt propre de la majorité. Nous continuons de vivre dans un état primitif, sans vouloir faire le saut qualitatif vers un niveau supérieur de compréhension.

En réalité, tout ce que nous percevons comme participant du « hasard », est seulement une illusion. Le hasard n’existe pas, celui-ci est fondamentalement impossible. Tous les événements ayant lieu sont soumis à des lois dont l’Homme n’a pas encore connaissance. De plus, en dernière instance, il est question ici non pas du hasard mais exclusivement d’une régularité bien définie. Cette assertion se démontre assez facilement. Un événement aléatoire se définit comme un événement qui peut survenir ou non. Si de tels événements étaient possibles, alors il serait possible d’en conclure que l’architecte de l’Univers n’est pas le maître de sa propre création.

De même, du point de vue matérialiste, celui qui nie l’acte de création de l’Univers considère les événements aléatoires comme impossibles, puisque le hasard est orienté vers le chaos. Le chaos étant le plus haut degré de hasard, d’entropie maximale, qui correspond en théorie des probabilités à ce que l’on nomme la distribution uniforme. En d’autres termes, un Univers aléatoire se serait déjà effrité depuis vingt milliards d’années, c’est-à-dire juste après son apparition.

Entre autres, l’analyse approfondi de l’ADN humain peut révéler quelles caractéristiques et maladies l’individu peut développer au cours de sa vie. Rien ne peut être purement aléatoire car si cela était le cas, alors qu’est ce qui empêcherait notre planète de changer d’axe de rotation et de tourner autour du Jupiter ?

En politique, les années de mensonges, d’hypocrisie et de corruption ont donné le ton et ce type de schéma mène toujours vers de grandes insurrections populaires. Ce scénario est prédéterminé et aucun gouvernement ne peut rompre ce cycle inévitable. A l’image des marchés financiers, le mécanisme cyclique de hausse et de baisse se retrouve ailleurs. Lorsqu’une partie devient dominante, celle-ci fournit l’énergie à une partie adverse. Ce principe de causalité crée ainsi un mouvement de pendule entre les deux camps.

Le « hasard » est donc une mesure de notre ignorance – ou manque d’information – des lois du monde qui nous entoure. Tant que notre connaissance – ou degré d’information –  reste imparfaite, l’illusion du hasard aura toujours une place dans notre vie. Une pensée similaire peut être retrouvée chez Poincaré : « Le hasard n’est que la mesure de notre ignorance. Les phénomènes fortuits sont, par définition, ceux dont nous ignorons les lois. »

Chacun sait que la méconnaissance des règles juridiques ne libère pas une personne de sa responsabilité si celles-ci sont transgressées. Le même principe est applicable aux lois de l’Univers. Si une personne de par son ignorance viole ces Lois, il devra en répondra, mais comprendra-t-il seulement pourquoi ? Tout porte à croire que de par son étroitesse d’esprit, il en conclura au hasard ou à la malchance.

L’humanité a peur de se détacher de cette notion. Le dépassement de cet état d’esprit passerait par la reconnaissance de la responsabilité inéluctable de tous les bienfaits, les méfaits, les mots et les pensées de ce monde.

4 thoughts on “Le Hasard

  • 2 December 2016 at 17:03
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    Bonsoir,
    Si je comprend le sens de votre analyse, quand je lance les dés par exemple le résultat obtenu provient d’une loi qui nous dépasse donc le hasard en l’occurrence un ensemble infini de possibilités (résultats) n’est pas envisageable. Si j’obtiens un double 6 c’est que cela doit en être ainsi. Cette fameuse loi peut elle être nommée destinée ?

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    • 4 December 2016 at 14:19
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      Bonjour Ambidine,

      Effectivement, nous pouvons nommer cette loi – destinée, mais une destinée corrélée au libre arbitre. Par le terme de « destinée » il faudrait entendre « destination », c’est-à-dire là où nous allons. Nous pouvons faire le rapprochement de cette idée avec le déterminisme historique qui est tout sauf la passivité. Cette destinée – destination, unifie l’humanité vers un but ultime : l’Intelligence de Tout et la constitution de la « communauté humaine universelle » (Francis Cousin, « L’être contre l’avoir : Pour une critique radicale et définitive du faux omniprésent… », Édition : Le retour aux sources, 10 octobre 2012). Toutefois, c’est le libre arbitre de chacun qui détermine à quelle vitesse l’humanité atteindra cet objectif. Aujourd’hui, il nous est possible de comprendre ces principes métaphysiques, de cultiver nos connaissances intellectuelles et d’appliquer par conséquent un libre arbitre positif en discernant le bien du mal.

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  • 26 December 2016 at 10:25
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    Voir Philippe GUILLEMANT, voir les vidéos de ses conférences et interviews.
    En gros, nous avons une destinée (une mission) pour l’évolution de l’univers, sachant que la matière et le temps n’existent que dans notre représentation du monde, seules l’énergie et l’information existent dans l’univers.
    Le futur existe déjà mais il peut être modifié dans le présent par notre libre arbitre.
    Chaque action dans le présent peut potentiellement modifier le futur qui (lui même) va modifier le passé (juste ce qu’il faut pour que le futur puisse advenir).
    Donc, pour lui, il faut d’abord savoir (comprendre) quelle est notre mission pour agir sur le présent par notre libre arbitre pour créer les conditions d’un futur possible qui lui-même va modifier légèrement le passé pour permettre sa survenance. Si nous sommes bien en phase, nous allons pouvoir observer des synchronicités (des heureux hasards) qui vont nous permettre de confirmer que nous sommes sur le bon chemin, nous autoriser des options et faciliter la réalisation du futur.
    C’est très capillo-tracté mais c’est intéressant d’y réfléchir.

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  • 16 January 2017 at 13:23
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    Pourrais-je rajouter que depuis la mécanique quantique (Bohr notamment), le hasard n’est plus seulement la mesure de notre ignorance ( par exemple les incertitudes en métrologies , que l’on pourrait réduire avec des instruments plus précis ). Le hasard est consubtentiel de l’univers …Bohr dit définitivement “NON” à Laplace qui pensait qu’un cerveau infiniment intelligent pourrait calculer tout l’univer .

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