Volonté d’être et souveraineté numérique

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Image: Marianne utilisant un smartphone.
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L’affaire Snowden en 2013 a une fois de plus dévoilé1)Glenn Greenwald, « Nulle part où se cacher », 13 mai 2014 la face cachée des agences de sécurités gouvernementales. La souveraineté de nombreux pays était alors bafouée, puisque l’affaire révélait le rôle clé de la NSA dans l’élaboration de failles dans les algorithmes cryptographiques, créant par conséquent un terrain propice non seulement aux services de renseignements mais aussi aux cybercriminels.

Depuis lors, la sécurité du monde numérique a passionné un nombre de personnes grandissant. La loi relative au renseignement2)https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000030931899&categorieLien=id en France a permis de révéler au grand jour les méthodes de collecte et d’analyse de métadonnées, qui sont « des données servant à caractériser d’autres données, physiques ou numériques ».3) http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/m%C3%A9tadonn%C3%A9e/186919 En effet, pour Bruce Schneier, expert en cyber sécurité : « la surveillance des métadonnées a beaucoup plus d’intérêt pour la surveillance de masse que lors d’enquêtes ciblées où les messages sont le plus souvent analysés par des opérateurs humains ».4)Institut de la Souveraineté Numérique, « Les cahiers de la Souveraineté Numérique n°1 »

Un réseau est un « ensemble organisé dont les éléments, dépendant d’un centre, sont répartis en divers points ».5)http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/r%C3%A9seau/68585 Lors du développement de l’empire colonial anglais, les théoriciens de la géopolitique anglaise ont su comprendre et tirer profit de l’importance de cette notion de réseau en mettant en pratique la conquête de la Terre aussi bien sur le plan politique qu’économique. Le concept utilisé a été celui de « terra nullius » qui signifie en latin la maitrise d’un territoire sans maître. La toile Internet de l’ère du numérique, restant encore aujourd’hui faiblement régulée, fut de par sa création un territoire sans maître.6)Yann Moulier Boutang, « Droits de propriété intellectuelle, terra nullius et capitalisme cognitif », Multitudes 2010/2 (n° 41), p. 66-72. Par conséquent, les citoyens devraient être en mesure de défendre leur souveraineté numérique aussi bien concernant les nouvelles technologies que leurs données personnelles. La propriété individuelle des données doit donc à l’avenir devenir un droit inaliénable, et leur utilisation par un tiers devrait également faire l’objet d’un contrat.

Nous observons aujourd’hui la colonisation numérique de la France et plus largement de l’Europe. Il est dès lors primordial que les acteurs économiques soient sensibilisés à ce problème de souveraineté numérique. Ces acteurs devraient tous, aujourd’hui, vivre une révolution digitale, mais peu d’entre eux en sont conscients sur le territoire français. Les paroles d’Éric Schmidt, le PDG de Google sont choquantes pour certains, mais révélatrices pour d’autres de l’état des choses. Selon Éric Schmidt, les acteurs du numérique sont bien plus efficaces que les États et devraient à termes les remplacer. Une situation alarmante qui présuppose la disparition totale de la souveraineté française, voire même la disparition de l’État-nation, si aucune action commune n’est entreprise pour refonder la souveraineté numérique de la France. Ce changement d’acteurs est déjà perceptible, les entreprises telles que Accor, G7 et la SNCF sont respectivement bousculées par Airbnb, Uber et BlaBlaCar. Sans action, l’économie de partage remodèlera les positions des différents acteurs, jusqu’à l’annihilation totale de la souveraineté étatique. Le GAFA américain synonyme des sociétés de Google, Apple, Facebook et Amazon, a dépassé aujourd’hui le CAC 40 en termes de capitalisation boursière.7)http://www.lesechos.fr/22/02/2015/lesechos.fr/0204176731522_les—gafa—-plus-forts-que-le-cac-40.htm En d’autres termes, quatre acteurs économiques américains de l’ère numérique valent plus que 40 acteurs économiques traditionnels français.

Une des raisons principales de l’échec de la France dans la course aux nouvelles technologies réside dans le manque d’anticipation. La capacité de regarder devant soi participe de la capacité de projection, dans notre cas de projection numérique et technologique, qui implique de vouloir continuer à exister. Vouloir continuer à exister c’est avoir la volonté de persister dans son être, ce que Spinoza appelle le conatus. Malgré le passage du premier train numérique, le prochain est en train de passer devant nous.

L’alliance entre l’intelligence artificielle et l’Internet des Objets permet une virtualisation des infrastructures avec d’innombrable objets connectés. C’est pourquoi la maitrise de ces nouvelles infrastructures avec une force stratégique coopérative devient primordiale pour une souveraineté numérique française. Pour se réapproprier la souveraineté il faut entre autres développer une vision globale, en usant des compétences diversifiées afin de bâtir un programme d’action tourné sur la protection des données et la littératie numérique. Cette dernière se définissant comme « la maitrise de savoirs, de capacités et d’attitudes propres au domaine des technologies numériques ».8)https://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9ratie Par conséquent, l’État doit « définir les axiomes d’une concurrence loyale et équitable et s’assurer de la souveraineté sur nos compétences ».9)Propositions issues du groupe de travail « Souveraineté numérique » de la Fondation Concorde

References   [ + ]

1. Glenn Greenwald, « Nulle part où se cacher », 13 mai 2014
2. https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000030931899&categorieLien=id
3. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/m%C3%A9tadonn%C3%A9e/186919
4. Institut de la Souveraineté Numérique, « Les cahiers de la Souveraineté Numérique n°1 »
5. http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/r%C3%A9seau/68585
6. Yann Moulier Boutang, « Droits de propriété intellectuelle, terra nullius et capitalisme cognitif », Multitudes 2010/2 (n° 41), p. 66-72.
7. http://www.lesechos.fr/22/02/2015/lesechos.fr/0204176731522_les—gafa—-plus-forts-que-le-cac-40.htm
8. https://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9ratie
9. Propositions issues du groupe de travail « Souveraineté numérique » de la Fondation Concorde

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